Schools of Kung Fu

28 mai 2019

Wong Kwong Lun : entretien sur l'héritage du Snake Crane Wing Chun

Par Vassilen Stanev

Photographie d'archive de Sifu Rick Wong aux côtés de Sifu Wong Kwong Lun

Présentation de Sifu Wong Kwong Lun

Toute une vie consacrée au Snake Crane Wing Chun : entretien avec Sifu Wong Kwong Lun

Les débuts : une biographie de Wong Kwong Lun (黃廣麟)

Wong est né à Hong Kong au début des années 1950, en pleine tourmente politique. Il rappelle que « beaucoup des maîtres de Kung Fu les plus renommés de Chine ont trouvé refuge à Hong Kong » et y ont fondé des écoles à travers toute la ville. Pour sa génération, « le Kung Fu était bien plus qu'un loisir ; c'était un mode de vie. »

À douze ans, son père lui fait découvrir le Hung Kuen auprès de Sifu Chan Hon Chung. Il s'entraîne ensuite au Karaté, à la Boxe Thaï et au Liu He Ba Fa, cherchant sans relâche une compréhension plus profonde.

Le tournant survient lors des célébrations du Nouvel An chinois, à la fin des années 1960. Après avoir quitté vers 2 heures du matin une réunion de famille chez sa petite amie, Wong prend un taxi avec un ami. Pendant le trajet, il improvise un exposé sur la valeur du Kung Fu en self-défense. Le chauffeur de taxi engage la conversation avec une réflexion inattendue, révélant qu'il n'est autre que le Grand Maître Law Chiu Wing, célèbre maître de Snake Crane Wing Chun.

Wong décrit cette rencontre ainsi : « Parmi des milliers de taxis circulant à Hong Kong cette nuit-là, j'étais monté dans celui que conduisait un artiste martial légendaire. » Il accomplit peu après la cérémonie du bai si (拜師) et devient formellement son disciple.

Comme Law avait de nombreuses obligations, il confie l'entraînement initial de Wong à son élève senior, Lee Yuen (李遠). Pendant la première année, Lee le guide à travers les fondamentaux, tandis que Law vient périodiquement observer et corriger sa technique. Wong introduit trois amis proches dans l'école, qui deviennent eux aussi élèves de Lee. En environ deux ans, Wong apprend Cham Kiu, Biu Jee, la forme du mannequin de bois, ainsi que des techniques avancées propres au système.

Wong part ensuite étudier au Canada, où il passe trois ans avant de revenir à Hong Kong. Avant son départ, Law lui enseigne la Perche aux Six Points et Demi ainsi que les Doubles Sabres — des armes avancées représentant les plus hauts niveaux du système.

Wong se souvient : « Plus de cinquante ans ont passé depuis cette époque, et pourtant les leçons reçues de Sifu Law et de Sifu Lee restent aussi vives que jamais. » Il s'interroge encore : la rencontre fortuite avec un chauffeur de taxi, devenue la porte d'entrée vers l'une des relations les plus importantes de son parcours martial, était-elle le fruit du hasard ou du destin ?


Entretien avec Sifu Wong — l'héritage du Snake Crane Wing Chun

1. Introduction au Snake Crane Wing Chun

Sifu Sergio Pascal Iadarola : Sifu Wong, merci beaucoup d'avoir pris le temps de nous accorder cet entretien. Pour commencer, pourriez-vous nous dire comment vous avez découvert le Snake Crane Wing Chun, et ce qui vous a conduit à entrer dans le Moon Snake Crane Wing Chun sous le Grand Maître Law Chiu Wing ?

Sifu Wong Kwong Lun : À douze ans, mon père m'a fait découvrir le Hung Kuen auprès du légendaire Sifu Chan Hon Chung. Ce qui a commencé comme une activité d'enfant est vite devenu une passion pour toute la vie. Au fil des ans, je me suis immergé dans de nombreuses disciplines, dont le Karaté, la Boxe Thaï et le Liu He Ba Fa, toujours à la recherche d'une compréhension et d'une compétence plus profondes.

Une nuit, à la fin des années 1960, j'ai pris un taxi par hasard, et au fil d'une conversation informelle avec le chauffeur, j'ai découvert que l'homme au volant n'était autre que Sifu Law Chiu Wing, Grand Maître du Snake Crane Wing Chun.

Cette rencontre fortuite allait changer à jamais le cours de mon parcours martial. Après trois mois d'entraînement avec Sifu Law, j'étais convaincu d'avoir trouvé ce que je cherchais.

2. La cérémonie du Bai See

Sifu Sergio Pascal Iadarola : Vous souvenez-vous de l'année où vous avez officiellement accompli la cérémonie du Bai See avec Sifu Law Chiu Wing ? Pourriez-vous nous dire ce que ce moment a représenté pour vous, et comment il a marqué le début de votre parcours de disciple ?

Sifu Wong Kwong Lun : Je pense que c'était probablement à la fin des années 60 ou tout début des années 1970.

Au début, le Bai See m'inquiétait un peu, car la cérémonie ressemble à celle d'une entrée dans une société secrète, ce qui était illégal à Hong Kong. Mais après trois mois d'entraînement avec Sifu Law, j'étais convaincu que le Snake Crane Wing Chun était ce que je cherchais. Je suis donc allé jusqu'au bout et j'ai accompli le Bai See.

3. La nature interne du Snake Crane Wing Chun

Sifu Sergio Pascal Iadarola : Certains affirment encore que le Wing Chun n'est pas un art martial interne, et que le Snake Crane Wing Chun ne ferait pas exception. Pourtant, au fil des années où j'ai appris auprès de vous, il m'est apparu très clairement que ce n'est pas le cas. J'ai par exemple été frappé par la profondeur des deuxième et troisième sections du Siu Nim Tau, avec leur mécanique corporelle spécialisée, leur entraînement mental, et leurs méthodes de culture, de mobilisation et d'envoi du Qi dans les mains. Pourriez-vous expliquer à nos spectateurs les aspects internes du Snake Crane Wing Chun, et pourquoi ils sont une part si essentielle du système ?

Sifu Wong Kwong Lun : Parmi les trois formes, le Siu Nim Tau est ma préférée. Je le pratique depuis plus de 50 ans, et j'en apprends encore.

Quand j'étais jeune, j'en pratiquais les aspects externes, en me concentrant sur la puissance et la technique. Mais en vieillissant, je me tourne de plus en plus vers ses aspects internes.

L'inconvénient, c'est qu'il faut un bon Sifu pour vous guider. Comme c'est interne, on ne peut pas vraiment le voir. Il faut plus ou moins le sentir, et savoir où placer le Yi. C'est difficile à expliquer. La partie interne vous apprend à générer différents types de Ging, ce qui est très différent de la force brute.

4. Une tradition de Bai See unique

Sifu Sergio Pascal Iadarola : Plusieurs disciples de Sifu Law Chiu Wing nous ont raconté que la cérémonie du Bai See, au sein de la famille du Snake Crane Wing Chun, était assez différente des cérémonies que l'on voit habituellement dans les lignées de Wing Chun plus publiques. Pourriez-vous nous parler de votre propre cérémonie de Bai See, et nous expliquer certaines traditions particulières à votre lignée, comme les enveloppes rouges et jaunes ?

Sifu Wong Kwong Lun : C'était il y a longtemps. Tout ce dont je me souviens, c'est qu'il fallait acheter le kit de Bai See dans une boutique spécialisée. Traditionnellement, la cérémonie incluait de couper la tête d'un poulet et de brûler le papier jaune, mais je ne me souviens plus si j'ai coupé la tête du poulet. J'ai bien brûlé le papier jaune.

5. Le manuscrit secret

Sifu Sergio Pascal Iadarola : Vous m'avez dit un jour que, dans les années 1960, chaque disciple accepté devait recopier à la main l'intégralité du manuscrit secret à partir de l'original. C'est une tradition remarquable. Pourriez-vous nous dire pourquoi cela se faisait ainsi ?

Sifu Wong Kwong Lun : Cela se faisait pour montrer sa loyauté et sa volonté envers le « Mun ».

6. Transmettre l'art

Sifu Sergio Pascal Iadarola : Peu de gens le savent, et nous l'avons gardé pour nous pendant un certain temps pour des raisons particulières, mais vous et moi sommes de proches amis depuis plusieurs années maintenant, et nous parlons presque quotidiennement. Qu'est-ce qui vous a poussé à me transmettre le système complet de Snake Crane Wing Chun que vous avez appris auprès de Sifu Law Chiu Wing dans les années 1960 et au début des années 1970 ?

Sifu Wong Kwong Lun : Je me fais simplement trop vieux maintenant. Si je ne le transmets pas, ce Kung Fu disparaîtra avec moi, ce que je ne veux pas voir arriver. Je crois que tout arrive pour une raison.

Je n'ai pas activement cherché de successeur, mais vous, Sifu Sergio, êtes apparu sur mon chemin au bon moment, et je pense que vous avez le cœur et la capacité de préserver ce Kung Fu et de le transmettre aux bonnes personnes.

7. Le destin, et la rencontre du maître et de l'élève

Sifu Sergio Pascal Iadarola : Quand nous avons commencé à échanger, vous m'avez dit que notre rencontre n'était pas une coïncidence, mais plutôt « 隨姻 » — un lien de destin. Pourriez-vous expliquer ce que 隨姻 signifie pour vous, et pourquoi vous avez senti que notre rencontre était guidée par le destin ?

Sifu Wong Kwong Lun : Je crois au « fil du destin » (隨姻). Ce qui doit arriver arrivera, et tout arrive pour une raison.

J'ai regardé vos vidéos YouTube de Snake Crane Wing Chun il y a de nombreuses années, et je les ai trouvées très intéressantes, car vous avez toujours une attitude positive envers le Kung Fu et cherchez à en trouver la vérité. Peu de gens me connaissent, mais vous avez pris la peine de me retrouver et avez commencé à me poser les bonnes questions. En ce qui me concerne, tout cela est arrivé pour une raison.

8. Apprendre auprès de Law Chiu Wing et de Lee Yuen

Sifu Sergio Pascal Iadarola : Pour finir, pourriez-vous nous parler un peu de Sifu Law Chiu Wing et de votre Sihing Lee Yuen, en tant que personnes ? Comment étaient-ils en tant qu'enseignants, quelles qualités vous ont marqué, et quelles leçons — martiales comme personnelles — vous sont restées tout au long de votre vie ?

Sifu Wong Kwong Lun : Sihing Lee Yuen, j'aimerais aussi l'appeler Sifu, car c'est lui qui m'a enseigné depuis le tout début. Je crois vraiment que lorsque quelqu'un vous enseigne le Kung Fu, on doit lui témoigner du respect en l'appelant Sifu. C'est quelqu'un de très travailleur. Je me souviens qu'il était parfois très fatigué après avoir travaillé tard au restaurant, mais il continuait à m'enseigner et à s'entraîner avec moi pendant des heures dès que je me présentais.

Sifu Law était toujours très sérieux en enseignant. Il me traitait de « stupide fini » (死蠢) quand je ne comprenais pas ce qu'il enseignait, mais il faisait toujours de son mieux pour expliquer et s'assurer que j'avais compris. Il m'emmenait dans différents endroits m'entraîner avec d'autres pratiquants, pour s'assurer que mes compétences et ma technique étaient à la hauteur. C'est quelqu'un de très discret, mais qui peut aussi se montrer plein d'humour.

Une des choses qu'il m'a enseignées, c'est de ne jamais faire étalage de son Kung Fu — une leçon que j'ai prise à cœur.

Article original en anglais par Vassilen Stanev, publié sur Eternal Spring Institute. Traduit en français avec l'accord de l'auteur.